Elle n’est pas bonne et alors ?! Je ne fais que l’utiliser, pas la fabriquer.

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La scène que je m’en vais vous décrire est devenue récurrente depuis plusieurs années dans nos marchés et boutiques (et tous lieux d’échanges monétaires) et le malaise qu’elle instaure est assez pesant au quotidien pour les usagers, acheteurs et vendeurs compris.

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Imaginez la bonne dame, appelons la Mimi, qui s’en va faire ses emplettes pour le repas de midi. Elle a dans son porte-monnaie un échantillon du bestiaire de pièces et de billets fournis par la BCEAO. Poissons, légumes frais, sésame, huile rouge, un peu de tomates et autres ingrédients incontournables en cuisine et ce serait le retour à la maison avant que les enfants ne rentrent de l’école. Un billet de cinq mille francs parcimonieusement dépensé aura fait l’affaire. Dame Mimi sort alors du marché avant de se rendre compte qu’elle a oublié un détail crucial et ô combien important dans toute l’affaire: le sel.

Dans le porte-monnaie il ne reste plus qu’un billet de dix mille francs et une pièce de de cinq cents. N’ayant pas de temps à perdre, Dame Mimi revient aussitôt sur ses pas et se dirige vers une vendeuse de sel. Elle en demande pour cents francs et la vendeuse se met en devoir d’emballer le précieux ingrédient avant de prendre son dû : la pièce de cinq cent francs. Dame Mimi remet la pièce et, avant même d’esquisser un mouvement pour le ranger, se fait presqu’immédiatement arracher le sachet de sel des mains. L’auteur de l’arrachage n’est autre que la vendeuse qui jette pratiquement la pièce au visage de Dame Mimi ne comprenant guère ce qui vient de se passer.
– Mais je viens de vous donner l’argent. Je ne comprends pas. Pourquoi me reprenez vous le sel ? demande Dame Mimi le plus calmement possible.
– La pièce que vous m’avez tendue n’est pas bonne. Elle est toute lisse. Regardez vous même !! répond la vendeuse en désignant la pièce.
– Mais je l’ai prise aussi chez quelqu’un. Et je ne fabrique pas l’argent, je ne fais que l’utiliser. J’ai besoin de sel. Mes enfants vont bientôt rentrer de l’école. Que vais-je faire sans sel avec tout ce que j’ai déjà acheté ?
– Ce n’est pas mon problème. Pourquoi agissez-vous aussi méchamment ?! Hein ?! Vous savez fort bien que la pièce n’est pas bonne et vous me la remettez quand même !! Reprenez votre argent, je n’en veux pas !!

Interdite, Dame Mimi a peine à dire un mot tant la situation semble irréaliste. Elle sort alors du marché sans demander davantage d’explications seulement guidée par l’envie pressante de laisser derrière elle la foule qui s’attroupe déjà et les remarques quelque peu désobligeantes qui fusent d’un peu partout.
– Ah ces femmes-là qui se croient toujours mieux que les autres parce qu’elles sont un peu allées à l’école !! disait l’un.
– C’est bien fait pour elle. A la voir on penserait autre chose alors qu’en réalité elle est malhonnête. renchérissait un autre encore.
– C’est ça. Dégage de devant mon étalage !! Ta présence fera fuir ma clientèle. Tu n’as fait que me faire perdre du temps. Dégage, te dis-je !! Ajouta fielleusement la vendeuse, histoire d’ameuter encore plus d’audimat. Comme si l’humiliation n’était pas déjà à son comble.

Pas de sel !! Comment faire !! C’est là qu’un éclair traverse le désemparement qui prend peu à peu place en elle, lui rappelant que sa mère habite à trois rues du marché.
– Dieu merci !! Maman n’est pas loin. Je pourrai au moins lui en demander. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt au lieu d’être allée me faire lyncher en public pour une sordide histoire de pièce lisse. Je n’achèterai plus chez elle à l’avenir.
C’est ainsi que le pas plus pressant et le sourire aux lèvres, Dame Mimi se dirige vers la maison de sa mère afin d’y prendre le précieux ingrédient.

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Voilà une aventure (excusez la longueur mais trop regardante aux détails, je me suis  quelque peu laissée aller) comme bien d’autres se déroulant aux quatre points du pays, tous les jours. Les raisons :

  • la pièce de monnaie est lisse,
  • le bonhomme n’est pas bien visible,
  • le montant de la pièce a disparu – euhhh !!!,
  • le billet est trop froissé – le papier qui passe de main en main pendant des mois et des mois ne sera jamais aussi pimpant qu’un billet tout frais,
  • la pièce est trop sombre – parce qu’elle doit être blanche peut-être ?!!!,
  • le billet est déchiré ou fissuré – vous pourrez même recoller, on vous le recollera sur le nez quand même,
  • la pièce est trop rouillée – air + eau + métal = rouille et puis je n’ai que celle-là, on fait comment ?

Imaginez si vous deviez payer la scolarité de vos enfants qui ont peut-être déjà été renvoyés et que vous n’aviez aucune pièce ou billet de rechange là sur vous. Imaginez si votre femme est malade et qu’à la pharmacie, la caissière refuse catégoriquement de prendre vos sous. Imaginez si vous devez faire une transaction urgente et que vous vous retrouvez par la suite dans une situation des plus inconfortables parce qu’une petite pièce de 100 francs n’est plus pimpante comme à ses premiers jours. Imaginez et dites ce que vous en pensez.

Je ne pense pas que les gens quels qu’ils soient devraient refuser la monnaie surtout s’il n’est prouvé en rien que cette monnaie est fausse parce qu’après tout, les usagers ne sont pas les fabricants. Ensuite, qu’une pièce ou un billet ne soit plus tout beau ou tout bien structuré comme à son émission est une chose bien normale vu tout ce qu’il ou elle a pu parcourir comme distance et par distance j’entends le nombre de mains, le nombre d’endroits par lesquelles a pu passer ce billet ou cette pièce là. En tenir rigueur au dernier propriétaire de la monnaie est un peu étroit d’esprit.

Toutefois, je comprends parfois les réactions des receveurs. En effet, et cela m’est arrivée maintes fois déjà, lorsque vous prenez le risque de prendre une pièce ou un billet plus vraiment très jeune chez quelqu’un, vous avez par la suite tout le mal du monde à pouvoir en user un seul franc (raisons évoquées plus haut). Du coup, chacun fait attention à ne surtout pas prendre dans son porte-monnaie une pièce ou un billet sujet à équivoque (peut-être faux ou fausse, on ne sait pas toujours) parce qu’une fois fait, croyez-moi, vous n’aurez qu’une option : penser à faire encadrer la dite pièce ou le dit billet dans votre salon, considéré qu’il ou elle sera comme une relique.

Le problème reste donc entier car aussi longtemps qu’une pièce de monnaie ou un billet sera émis, il ou elle passera par des centaines de milliers de mains qui en poliront la surface et en rongeront les coins. Il serait de bon ton que l’autorité qui met à notre disposition ces instruments incontournables dans les échanges monétaires trouve une solution soit pour produire des pièces et billets plus durables soit pour faire comprendre à la population qu’il n’est pas dans son intérêt de rejeter systématiquement les monnaies qui ne sont plus dans leur première jeunesse.

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